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Une pirogue monoxyle au Musée...

Publié le par Jeunes Amis du Musée de Toul

Dans une salle du Musée d'Art et d'Histoire de Toul, nous pouvons apprécier une pirogue monoxyle longue de 7 mètres. Le frêle esquif a été retiré des alluvions de la Moselle en 1958, près d'une vieille sablière à Chaudeney-sur-Moselle (54). Sa datation, réalisée au carbone 14 dans les laboratoires de Gif-sur-Yvette (91), nous transporte au début du IIe siècle après J.-C. Deux superbes études ont été publiées dans la revue d'érudition locale Études Touloises, effectuées par le conservateur du Musée de Toul, le Docteur Michel Hachet, qui a confronté archéologie et littérature latine :
 
Le poète Ausone (310-395), originaire de Bordeaux mais qui a passé de longues années de sa vie à Trêves, dans son ouvrage consacré à La Moselle, fait allusion à un canot comparable à la pirogue du musée. Malgré le ton passionné et la destination de propagande de son livre (il fallait rallier les Germains à Rome), l'écrivain décrit de manière détaillée un batelier qui s'extasie devant le reflet dans les eaux des vignes chargées de raisin :

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« PAMPINVS, ET VITREIS VINDEMIO TVRGET IN VNDIS : ADVMERAT VIRIDES DERISVS NAVITA VITES, NAVITA CAVDICEO FLVITANS SVPER ÆQVORA LEMBO, PER MEDIVM, QVA SESE AMNI CONFVNDIT IMAGO COLLIS, ET VMBRARVM CONFINIA CONSERIT AMNIS. »

Qu'on pourrait traduire ainsi : « Le batelier trompé compte les ceps verdoyants, il vogue sur sa barque en troncs d'arbre au milieu des ondes, là où l'image des collines se confond avec le fleuve. »

 
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L'expression « en tronc d'arbre » est signifiée par l'adjectif épithète « caudiceus » formé sur le substantif « caudex ». Le terme latin, un « hapax » (mot qui n'est utilisé qu'une seule fois dans les écrits antiques), était traduit par « barque d'écorce », alors qu'il est désormais préférable de le traduire par « barque monoxyle » ou « barque taillée dans un seul tronc d'arbre ». L'analyse approfondie de la pirogue monoxyle du musée est donc d'un apport crucial dans la correction d'une erreur de traduction. Les Gallo-Romains ne connaissaient pas les barques d'écorces...

Dans la salle gallo-romaine du Musée de Toul, où est exposée la pirogue monoxyle, une vitrine montre ou fait la démonstration du commerce prospère à Tullum durant la période gallo-romaine... La proximité de la rivière Moselle pourrait expliquer la supplantation de Nasium (Boviolles, Naix-aux-Forges, Saint-Amand-sur-Ornain), localité meusienne, par Tullum (Toul) dans la fonction de capitale de la Cité des Leuques, et, d'une manière toute particulière, à l'époque où la route partant de la Méditerranée et allant jusqu'à la capitale impériale de Constance Chlore, la Colonia Augusta Treverorum (Trêves), était un axe primordial, pour l'armée romaine mais aussi pour les marchands...
 
Voici une petite photographie d'une section de la vitrine sur le commerce à Tullum durant la période gallo-romaine, avec deux maquettes à l'échelle 1/20e de deux sortes de transport fluvial à l'époque, sur le territoire des Leuques :

Maquettes de la pirogue monoxyle trouvée à Chaudeney-sur-Moselle (54) et d'un radeau à flotteurs découvert à Flavigny-sur-Moselle (54)
Musée de Toul

Cliché : Vincent Lamarque
Jeudi 11 septembre 2008


Texte de Vincent Lamarque

Inspiré du travail universitaire de LAMARQUE (Vincent), Montage de l'exposition « Trois années d'enrichissement au Musée de Toul », rapport d'un stage réalisé au Musée d'Art et d'Histoire de Toul, sous la direction de PUPIL (François), Université de Lettres Nancy II, 2004, p.38 et p.216.

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